18.7.07

Les aventures de Minette Accentiévitch

Érotique, comique, poétique. Subtil, vulgaire, innocent, choquant...
Encore une brillante trouvaille publiée par les Allusifs.

Extrait:

"Minette est une séductrice qui fait des ravages. Quand son regard s'allume et lance des étincelles, tout ce qui peut brûler prend feu, et même tout ce qui n'a jamais brûlé. La Lune elle-même écarte les nuages et brille comme une pièce d'or, les plus aguerris des chevaliers du chibre perdent la tête, pour ne rien dire des blancs-becs qui commencent seulement à aiguiser leur arme. Quand son regard s'allume, l'absinthe se change en basilic, la pomme de terre en pomme en l'air, le citron en pêche, les grains de poivre en raisin de Corinthe. Les grincheux lapent l'eau dans la paume de sa main, câlins comme des chatons. Tous deviennent si tendres, si bons, si candides qu'elle n'en peut plus de tout ce miel et n'a plus envie que de pimenté, d'amer et d'acide."




On en reparle ici même.

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- Les Aventures de Minette Accentiévitch (court roman de chevalerie), de Vladan Matijevic, traduit du Serbe, Montréal, Les Allusifs, 2007, 152 p, 19$ Can / 14 euros.


11.7.07

Pascal Garnier de haut en bas



Il n'y a pas deux mois que j'ai lu pour la première fois un livre de Pascal Garnier, il s'agissait de Comment va la douleur?, et justement il m'avait fait l'effet d'un baume après la lecture plutôt éprouvante de Seul dans Berlin.
Avec Les Hauts du Bas, passée une courte période de doute dans les premières pages, on retrouve l'humour cinglant de Garnier, ses répliques et ses comparaisons sans espoir de retour pour leurs victimes.
Or, des victimes, il y en a. Peu, mais enfin, c'est toujours ça de pris. Car les livres de Pascal Garnier sont a priori classés parmi les polars, du moins dans les romans noirs, même si l'intrigue n'y est qu'un prétexte à mettre en avant l'humanité des personnages.
Ça a l'apparence de la simplicité, c'est beau et bon, et heureusement il en reste une bonne dizaine que je n'ai pas encore lu. De quoi aborder le prochain hiver en toute quiétude.









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- Les Hauts du Bas, éditions Zulma, 2003, 190 p, 15 euros / environ 29 $Can.
- Comment va la douleur?, éditions Zulma, 2006, 208 p, 16.50 euros / 29,95 $Can.

- Seul dans Berlin, de Hans Fallada, (1947), coll. "Folio", 2004, 556 p, 7,70 euros / 17,95 $Can.



22.6.07

Méduses




Méduses est donc le nouveau livre d'Antoine Bréa, lequel contredit son éditeur en écrivant tout de suite qu'il ne s'agit pas d'un roman.
Ce livre étant d'emblée à classer parmi les inclassables, je ne me risquerai pas à une tentative de résumé qui serait vouée à l'échec. J'ai bien essayé d'en isoler un extrait, histoire de donner le ton, mais là non plus ça n'a pas marché; il aurait fallu couper une phrase en plein milieu, la sève en aurait giclé partout, une horreur.
Il ne vous reste plus qu'à me faire une confiance aveugle et à l'acheter sans filet.


De tout cela on parle aussi ici.

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Méduses, Montréal, éditions du Quartanier, coll. "QR", 146 p., 17,95$, 15 euros, 2007.

du même auteur:
Papillon, Hache, 2000.
Fauv, Hache, 2001.






21.6.07

Technique de pointe (tirez à vue)




















Du beau, du bon, du belge.
Enfin, les auteurs sont belges, l'éditeur est québécois.




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Technique de point (tirez à vue)
d'Ariane Bart et Antoine Boute, Montréal, éditions du Quartanier, coll. "Phacochères", 31 p., 9$, 6 euros, 2007.







11.5.07

Paire de Manchette


Ça m'apprendra à ne pas me méfier. C'est pourtant pas la première fois que je tombe dans le piège du "chouette! j'en ai trouvé un que j'ai pas lu" dans les librairies d'occasion.
En l'occurence, c'est d'un faux Manchette qu'il s'agit. Enfin, presque.
Ce soir je me disais "tiens, un petit polar", et, tout content, je mettais la main sur
Folle à tuer, de Manchette donc. Sauf que passé une soixantaine de pages, je commençais franchement à me dire qu'il se répétait le père Manchette. Et pour cause. Folle à tuer n'est que la réédition de Ô dingos, ô chateaux, changeant de titre et de collection suite au film qu'en avait tiré Yves Boissé avec Marlène Jobert.
Or, non seulement j'avais déjà lu le livre, mais je viens de comprendre que j'ai même vu le film par hasard, pris en cours de route sans savoir de quoi il s'agissait...

Enfin, vérifiez que vous ne l'avez pas lu, sinon, ça vaut toujours la peine.





22.4.07

Europeana, une brève histoire du XXe siècle


Patrick Ourednik est Tchèque. C'est aussi le traducteur de Rabelais, Jarry, Queneau, Beckett, Simon et Michaux, et un auteur polyvalent (essais, dictionnaires, poésie...), dont le premier livre publié en France est un drôle d'OVNI. Europeana, une brève histoire du XXe siècle est un pari étrange, celui de raconter l'histoire récente de l'Europe en 150 pages. Presque sans respiration, l'Histoire y est une histoire, le XXe siècle est raconté au passé, en abordant tous les aspects, politiques, militaires, philosophiques, sociologiques, culturels, etc., glissant de l'un à l'autre au fil de la pensée de l'auteur plutôt qu'en suivant une organisation thématique ou chronologique.
Curieux, surprenant, cultivé, subtil, à l'image de Prague, ctte ville qui a eu son lot d'histoires au siècle dernier.





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- Europeana, une brève histoire du XXe siècle, Paris, éditions Allia, 2004, 150 p.
Plus récemment: Instant propice, 1855, Paris, éditions Allia, 2006, 160 p.



28.3.07

La grande vie


Il y a quelques temps, je tentais d'expliquer le choc qu'avait été ma découverte de Jean-Piere Martinet à travers son livre Nuits bleues, calmes bières. Dans la foulée je mentionnais la récente publication d'un autre de ses titres, La grande vie, mais je n'avais pas encore pu me le procurer (l'envers de la médaille des vaillants petits éditeurs est qu'ils sont souvent mal distribués, spécialement à l'étranger).
Voilà qui est fait. Je l'ai reçu, je l'ai lu et j'en suis presque mouru tellement c'était bon. Au moins autant que Nuits bleues, sinon meilleur. Le même désenchantement et la même violence crue de l'écriture, avec, me semble-t'il, quelque chose de René Crevel et de Maurice Raphaël (1).

Adolphe Marlaud est employé de pompes funèbres, c'est un "cloporte", une "limace", un personnage kafkaïen. Il vit d'ennui et de servitude volontaire tout en entretenant la tombe de son père
, qu'il surveille de sa fenêtre en rêvant de tirer sur les chats qui habitent le cimetière. Jusqu'au jour où Madame C., la concierge felinienne du 47, lui met la main dessus pour en faire son otage sexuel. La grande vie en somme.


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- La grande vie, éditions de l'Arbre vengeur, 9 euros, 58 p., 2006.

(1) de Maurice Raphaël, personnage douteux qui aurait frayé avec la Gestapo, il existe un roman malgré tout étourdissant, La Croque au sel, réédité en 2005 par L'Esprit des péninsules.



18.3.07

Schwob, l'homme au masque d'or


Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus que ça sur Marcel Schwob, le fantôme littéraire, le journaliste nantais, l'érudit, le traducteur de Stevenson, celui que je classe sans hésiter dans le groupe d'élite des Segalen, Poe, Villiers de l'Isle-Adam, il existe un livre remarquable publié l'an dernier pour le centenaire de sa mort par Le Promeneur, en collaboration avec la bibliothèque de Nantes.
Ouvrage collectif, lumineux, somptueusement illustré, indispensable.



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- Marcel Schwob, L'homme au masque d'or
, ville de Nantes/Gallimard (Le Promeneur), 2006, 39 euros.




17.3.07

La chambre de la Stella


Jean-Baptiste Harang est sans doute le seul critique littéraire dont je guette les articles (dans Libération); il écrit bien, pense juste, ne trahit pas les livres dont il parle et, si nous n'aimions pas systématiquement les mêmes bouquins je dirais qu'il a un goût remarquable. Pour s'en faire une idée, il existe un recueil de ses meilleurs articles paru chez Julliard (1).

Mais Harang est aussi écrivain, ce qui pourrait le classer dans la catégorie redoutable des journalistes que les éditeurs publient pour récolter en échange de bons papiers. Sauf que Jean-Baptiste Harang écrit bien.

Rien de bien nouveau, au gré de la description des pièces de sa maison de famille perdue au fond de la Creuse, il se remémore son enfance au goût de pension et de plumes Sergent Major, rend hommage à son père et dresse le portrait d'une campagne française aujourd'hui disparue.
Nostalgique un peu, mais sans pathos. On se perd parfois dans les détails d'un arbre généalogique contrarié, mais l'on retiendra une simplicité, une sincérité de l'écriture et un amour évident de la langue (charmante dans ses façons un peu désuètes) qui ne sont pas sans rappeler le Henri Calet de Monsieur Paul et du Tout sur le tout.


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- La Chambre de la Stella, Paris, éditions Grasset, 2005.

(1)
L'art est difficile, Paris, éditions Julliard, 2004.




8.3.07

La Peste écarlate

Lentement mais sûrement, c'est-à-dire avec leurs deux caractéristiques essentielles, les éditions Phébus ont entrepris de rééditer l'oeuvre de Jack London, annotée et présentée comme ils savent si bien le faire (1). Le dernier en date dans cette longue série (le vingt-cinquième) est La Peste écarlate, incluant le court roman éponyme et quatre nouvelles.
En 2073, un vieillard raconte à ses petits-enfants comment soixante ans plus tôt une pandémie a éliminé presque toute la civilisation, ramenant ainsi les rares survivants à l'état sauvage.
C'est avec cette vision apocalyptique que l'on découvre une facette moins connue de Jack London, entre anticipation et fantastique. Savoureux.




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- La Peste écarlate, Paris, éditions Phébus, coll. "Libretto", 160 p., 2006. 6,90 euros/12,95$.

(1) Précisons que je ne touche aucune commission pour dire ça (2).
(2) Néanmoins, si vous avez des services de presse à distribuer, je suis ouvert à la corruption. Après tout, je vends tellement bien la collection Libretto à la librairie où je travaille que ce ne serait pas volé.



5.3.07

L'homme au boulet rouge

En 1972, Jean-Patrick Manchette est encore une jeune auteur prometteur qui multiplie les contrats de réécriture, les dialogues pour la télé et les traductions pour joindre les deux bouts. C'est alors qu'on lui propose de faire la novélisation d'un scénario de western n'ayant pas encore été tourné.
Voilà en deux mots ce qui explique qu'il se soit pour une fois écarté de sa veine de polars politisés. En apparence du moins, car si l'histoire se situe dans un bagne du Texas en 1871, Manchette a su y glisser un peu partout l'humour noir et la critique sociale qui ont fait sa touche. Si ce n'est pas son meilleur livre, c'est tout de même une bonne friandise, un peu comme si vous vous apprêtiez à regarder un polar de Melville au ciné-club du dimanche soir et que finalement la chaîne décide de passer un western d'Anthony Mann.

Pour donner une idée du rythme de Manchette à l'époque de ce roman, il suffit de rappeller qu'il l'a écrit au mois de février 1972, et qu'au mois de mai il terminait le manuscrit de Nada.


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- L'Homme au boulet rouge, Gallimard, coll. "Série noire", 1972, coll. "Folio policier", 2006, 214 p., 5,5 euros, 13,95$ Can.



22.2.07

Nuits bleues, calmes bières


C'est en explorant le catalogue des éditions Finitude que j'ai découvert ce magifique petit livre de Jean-Pierre Martinet (1944-1993).
L'auteur m'était complètement inconnu, mais l'éditeur annonçant que c'est grâce à lui que l'on avait redécouvert Henri Calet dans les années 80, cela suffit à piquer ma curiosité.

Un homme malheureux et usé par l'alcool, un écrivain méconnu (dans les années 70-80) avant de tomber dans un oubli complet, Martinet présente les signes extérieurs de l'écrivain maudit.
Pour l'écriture, un peu de Henri Calet donc, du Hardellet aussi, le tout relevé d'un soupçon de Joyce Mansour, tels pourraient être les ingrédients de ces nuits bleues, méla
ncoliques et illuminées.

extrait:


"Ce soir-là, en rentrant chez lui, après avoir renversé une bonne dizaine de poubelles, égorgé trois chiens et giflé un aveugle saoul qui le prenait pour Marilyn Monroe (il avait essayé de l'enlacer au milieu de la rue, sous la pluie, mais il avait réussi à s'échapper. L'aveugle avait finit par glisser et gesticulait sur la chaussée en suppliant sa chère Marilyn de revenir), il se dit que, décidément, il n'avait plus grand-chose à voir avec le gentil petit garçon que sa grand-mère emmenait tous les soirs, en hiver, sous les flocons de neige en coton hydrophile, aux "Dames de France", place Abel-Surchamp, à Libourne, se gaver de pâtes de coing à cinq francs, au milieu des ampoules rouges et bleues clignotantes."

(in Nuits bleues, calmes bières)


Nuits bleues, calmes bières
, est suivi de L'orage, une autre nouvelle du même tonneau.
Dans le même temps, L'arbre vengeur tente lui aussi de ramener Martinet hors des limbes en publiant La Grande vie.






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De Jean-Pierre Martinet :


- Nuits bleues, calmes bières
, suivi de L'orage, éditions Finitude, 2006, 53 p., 9 euros.
- La Grande vie, L'arbre vengeur, 2006, 64 p., 9 euros.
- La Somnolence, Jean-Jacques Pauvert, 1975, éditions Finitude, 2010.
- Un apostolat d'A. T'Serstevens, misère de l'utopie, Alfred Eibel, 1975.
- Jérôme, Le Sagittaire, 1978, repris aux éditions Finitude, 2009.
- Ceux qui n'en mènent pas large, Le Dilettante, 1986.
- L'Ombre des forêts, La Table ronde, 1986.